mardi 11 septembre 2012

Extrait du journal de Gribouille


Cher Journal,

Cela va bientôt faire 4 mois que je me suis installée dans cette maison. Je crois que cette fois-ci j’ai enfin trouvé un foyer qui me convient et au sein duquel je me sens bien. J'en miaulerais de bonheur !

Il est vrai qu’avant cela, la vie n’a pas été facile et que mes premiers mois d’existence relevaient plutôt de la survie. Trouver un abri pour dormir et de quoi me nourrir étaient mes défis quotidiens. Et puis un soir, j’ai trouvé un joli petit arbuste dans une cour fermée et j’ai passé la nuit sous son feuillage. Comme à l’accoutumée, j’ai dormi d’un œil, tout en restant vigilante au moindre bruit suspect.

Au matin, une porte s’est ouverte et je me suis enfuie en courant. Mais contrairement aux voix agressives que j’avais l’habitude d’entendre en pareil cas, celle qui me parvint aux oreilles ce jour-là était douce et accueillante. Je ne partis donc pas loin et décidai d’observer ce qui se passait. La personne à la voix douce revint, suivie d’un grand monsieur armé d’une pioche et d’une pelle. Il me semblait bien que cela était trop beau pour être vrai. Je restai tapie dans ma cachette et continuai de les épier. Mais le monsieur ne chercha pas à me traquer avec ses outils comme j’en avais déjà fait l’expérience à maintes reprises. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il commença à creuser dans la terre. Quel drôle de rituel. Moi aussi je sais creuser dans la terre. Serait-ce un signe ? Puis deux enfants sortirent de la maison en criant et en gesticulant. J’aime bien les enfants. Depuis que j’ai compris qu’ils font constamment du bruit et qu’ils ne savent pas se déplacer sans courir, je n’ai plus peur d’eux. Ou presque.

Le monsieur creusait toujours, la dame l’aidait et les enfants piétinaient dans la terre en riant. Tout ce petit monde avait l’air de bien s’amuser. Je décidai de monter discrètement sur le mur pour mieux les voir. J’aperçus un gros chat qui se prélassait auprès d’eux, l’air satisfait. Je décidai de m’approcher. Soudain la voix douce s’exclama : « Ohhhhhhhhh !! Regardez, c’est le petit chat qui s’est sauvé ce matin !!! Viens minet, viens, n’aies pas peur ! ». A ce moment-là, tout le monde me regarda avec un grand sourire. C’était tellement incroyable que sans même réfléchir je m’approchai en remuant la queue. Ils avaient VRAIMENT l’air heureux de me voir ! Comme s’ils m’attendaient ! Moi ! Ils se mirent tous autour de moi et commencèrent à me porter, me caresser, me faire jouer.

Seul le grand chat (celui des voisins qui se croyait en territoire conquis) ne semblait pas partager l’euphorie générale. Il s’approcha de moi d’un air supérieur, se mit à grogner et me raccompagna d’où je venais. J’avais l’habitude de ce genre de macho, beau gosse, tout en poils, au regard de tombeur. Je fis semblant de partir et me cachai dans un massif d’iris. Le matou me chercha, passa à 50 cm de moi sans me remarquer, continua son enquête en flairant le sol et sortit du jardin. J’attendis deux minutes et rejoignis mes nouveaux amis, qui s’extasièrent sur mon stratagème et se montrèrent encore plus ravis de me revoir. C’était la première fois que je manquais à quelqu’un ! Je ne pouvais plus les décevoir. Afin de faire plaisir au monsieur qui avait passé sa matinée à creuser, je fis caca dans la terre fraîche, sous les regards attendris de toute la famille, et lui laissai le plaisir de recouvrir.

Puis nous nous rendîmes à l’intérieur de la maison afin de prendre le repas de midi. Je n’eus pas besoin de beaucoup insister pour qu’on m’offre un bol de croquettes et de l’eau fraîche. J’étais affamée et assoiffée et vidai les récipients en un temps record, pour le plus grand plaisir de mes hôtes. Ensuite, je remarquai le canapé et allai m’installer confortablement pour une sieste bien méritée. Je dormis plusieurs heures cet après-midi-là. A mon réveil, je demandai gentiment d’autres croquettes et on me servit. Puis je passai la nuit à l’intérieur, bien au chaud et sans crainte d’être agressée.

Le lundi, ma nouvelle maîtresse à la voix si douce qui s’était mis en tête que je m’étais probablement perdue, entreprit de me rendre à mes propriétaires. Elle disait qu’ils devaient probablement être tristes, que je devais leur manquer, etc. Evidemment, moi, on ne m’écoute jamais, mais il était sûr que je ne manquais à personne. Enfin, grand bien lui fasse. Je faisais semblant de dormir sur la couverture qu'elle m’avait installée et observait son manège. Elle parla à tout un tas de gens dans une espèce de boîte noire, notamment à un vétéri quelque chose (qui lui conseilla de me laisser dehors et de ne surtout pas me nourrir. Héhéhé… Trop tard !). Mais étonnamment elle ne se vanta pas de tout ce qu’elle avait fait pour moi. Puis elle décida d’imprimer des affiches qu’elle alla déposer dans les magasins du village. Elle parla de moi aux voisins et à toutes ses copines. Au bout d’une semaine, elle commença à dire que peut-être je n’avais pas de maîtres finalement. ENFIN ! Elle n’est pas très rapide à la comprenette. De toute façon, cela ne changeait pas grand-chose. Il n’était plus question pour moi de partir d’ici, qu’on se le dise.

Alors, ils décidèrent de me choisir un nom. Ma maîtresse et les enfants aimaient bien Praline, et ils m’affublèrent de cette dénomination pendant quelques jours. Praline. Pff. Est-ce que j’ai une tête de praline ? Heureusement, mon maître, qui semble avoir un peu plus de jugeote que les autres, intervint et décréta que ce nom ne m’allait pas du tout. Et proposa Gribouille. Un prénom à la jolie sonorité, drôle, mignon, adorable, bref tout à fait moi.

Et la vie continua ainsi, dans le bonheur et la sérénité. Un jour, je remarquai qu’ils parlaient de plus en plus d’une certaine Plume. A chaque fois, ils prenaient un air de conspirateurs et me regardaient du coin de l’œil pour voir si je les écoutais. Evidemment que oui. Je me demandais bien ce qu’ils mijotaient. Eh bien figurez-vous qu’ils m’ont ramené un petit chat. Une femelle. Soi-disant qu’ils l’avaient réservée avant mon arrivée.  Et que ce serait super, qu’on allait pouvoir jouer toutes les 2 et que comme ça je ne m’ennuierais pas. Mouais. Ils voulaient me remplacer, oui ! Eh bien, qu’à cela ne tienne.

J’ai fait une fugue pour bien leur faire comprendre que je n’étais pas dupe. J’ai passé deux nuits dehors et ne suis rentrée que pour manger. Il ne faut pas exagérer quand même. La petite était toujours là, à me regarder comme si j’étais son idole, à me coller, à vouloir jouer avec moi. Mais je n’étais pas d’humeur. Finalement, j’ai décidé de rester car ils étaient vraiment inquiets. C’était beau de les voir me chercher partout, de m’appeler. Ah, la famille, il n’y a que ça de vrai. Et puis j’ai fini par m’attacher à cette fameuse Plume qui est très mignonne, je dois bien le reconnaître, et qui est plutôt sympathique.  Je lui ai appris à jouer, griffer le papier peint, passer chez le voisin et bien d’autres choses. J’ai essayé de lui apprendre à grimper sur le toit mais elle est encore trop petite. Dans quelques mois peut-être…

Bref, je mène maintenant une vie de rêve : croquettes à volonté, viande fraîche, lits et canapé à ma disposition, câlins, jouets ; j’ai même accès à la piscine dans laquelle je prends volontiers un petit bain quand il fait vraiment chaud.

Ahhhh… Encore mieux que le Club Med’…